Vocabulaire
Acteur : l’acteur est celui qui agit. En dehors du sens usuel (artiste jouant un rôle), ce peut être un individu, un groupe ou même une institution auxquels un rôle est assigné.
Agent : celui qui agit ou est investi d’une fonction ; sujet logique opposé au patient qui subit. Avec l’importance prise par les théories de l’action et le volontarisme, le terme d’agent devient synonyme d’acteur, porteur individuel de l’action sans renvoi au rôle, c’est-à-dire, par analogie avec l’acteur, au théâtre, à l’ensemble de comportements relatifs à une certaine position, fixés par la société (rôle du père, du maître) et que l’on s’attend à voir jouer par ceux qui la détiennent.
Approche : façon d’aborder les problèmes, plus souple que la méthode. Elle n’implique pas les étapes systématisées, visibles, de la technique, ni la même rigueur intellectuelle que la notion de méthode. L’approche est surtout une attitude comportant souplesse, prudence, et caractérisée par un état à la fois de grande vigilance et de grand respect pour l’objet. C’est la raison pour laquelle on parlera facilement d’approche clinique, parce qu’il s’agit là d’une façon d’être et d’observer, caractérisée par un état d’esprit plus que par des étapes rigides, comme c’est souvent le cas dans la méthode expérimentale. L’approche, c’est la méthode et la technique en pointillé, non pas assénées en bloc, mais utilisées à faibles doses, pour l’étude d’objets fragiles, aux réactions imprévisibles.
Axiome : proposition évidente et indémontrable d’où se déduisent, dans un système hypothético-déductif, les propositions.
Cas (étude de) : mode d’analyse plutôt que technique, opposée aux méthodes statistiques ou aux analyses globales. Postule que l’étude approfondie d’individus particuliers (monographie, histoire de vie, documents personnels), permet de saisir des phénomènes collectifs par " le dedans " au lieu " du dehors " et d’atteindre des explications sociologiques.
Causalité : en sciences physiques et naturelles, elle correspond au principe suivant lequel tout a une cause et dans les mêmes conditions les mêmes causes produisent les mêmes effets. La notion est apparue comme fondamentale pour distinguer les sciences humaines des sciences physiques (E. Durkheim, M. Weber, etc.). Abandonnant la recherche d’un facteur clé explicatif (géographique, psychologique, etc), les épistémologues (K. Popper) contemporains ont reconnu la multiplicité des types de causalité. La rigueur des conditions permet de reconnaître une cause parmi de nombreuses variables, également l’intervention possible de significations particulières.
Classification : constitution de classes ou de catégories regroupant des éléments en fonction de critères choisis par avance. C’est une étape importante de la constitution d’une science et de la formation de l’esprit scientifique. Il s’agit d’une nécessité pour les sciences sociales, contraintes de classer pour comprendre, de connaître d’abord la vérité, les raisons des classements qu’elles opèrent et d’inclure dans le réel qu’elles fractionnent, la représentation du réel qu’elles construisent.
Clinique : diffère de la méthode expérimentale ; qualifie la démarche du médecin au chevet du malade. Ensemble d’observations portant sur l’individu (le groupe ou la situation), son histoire (anamnèse) et l’interprétation, grâce au sens clinique (expérience, connaissance, intuition) des symptômes examinés. Aussi : étude par expérience directe des groupes restreints et des situations individuelles, souvent par relation directe de l’observateur avec les êtres observés.
Complexité: notion recouvrant plusieurs dimensions, parmi lesquelles : le principe " holistique " (d’holisme, signifiant que le tout prime sur les parties), l’auto-organisation, les interactions psycho-bio-socio-logiques et la pluralité des niveaux d’intégration. Selon E. Morin, entrer dans la complexité, c’est admettre qu’il faudra circuler sans cesse entre l’individu et le tout, la singularité et son contexte.
Compréhension / explication : il est courant d’opposer la démarche des sciences humaines ou sociales à celle des sciences de la nature. L’opposition entre les sciences de la nature, qui expliquent par des causes, et les sciences humaines, qui comprennent par des raisons, des mobiles, des intentions, est récurrente dans la littérature épistémologique. Sens usuel de compréhension : saisir intellectuellement ou effectivement le pourquoi et le comment de ce que l’on observe. La compréhension est une démarche spécifique des sciences humaines, différente des sciences de la nature, car elles saisissent des manifestations de l’esprit, le domaine des valeurs et font appel à l’intuition. La philosophe allemand Wilhem Dilthey (1833-1911) oppose la compréhension à l’explication (Introduction à l’étude des sciences humaines, 1883) : " Nous expliquons la nature, nous comprenons la vie psychique ". On doit distinguer l’explication qui cherche à déterminer les conditions d’un phénomène, et la compréhension par laquelle l’esprit connaissant réussit à s’identifier aux significations intentionnelles, essentielles à l’activité historique, concrète d’un homme. La compréhension est un mode de connaissance d’ordre intuitif et synthétique, alors que l’explication est une connaissance analytique et discursive qui procède par décomposition et reconstruction de concepts. Pour Max Weber, la recherche compréhensive doit être confirmée par l’imputation causale ou l’observation statistique. Tout en reconnaissant la part du subjectivisme du sociologue, Weber se montre plus proche d’un culturalisme (valeurs culturelles donnant sens à l’action) que d’un pur psychologisme. Cette tendance herméneutique correspondait à une tradition aristotélicienne, qui s’opposait à la tendance galiléenne ou positiviste antérieure, qui excluait les considérations téléologiques (téléologie : étude de la finalité) pour ne retenir que l’explication causale. Entre compréhension et explication, il s’agit d’un dualisme qui distingue les causes, explication du phénomène, et les raisons (motifs, intentions) donnant sens à cette action.
Concept : idée abstraite et générale, résultat de l’opération par laquelle l’esprit isole de certaines réalités données dans l’expérience un ensemble dominant et stable de caractères communs qu’on désigne ordinairement, en les généralisant, par le même mot ; exemple : la formation du concept d’arbre à partir de la perception des chênes, des peupliers, des marronniers, des sapins, etc. En ce sens, tout concept est un jugement ébauché et l’activité de la pensée, qui forme le concept, est dite conceptuelle. Représentation mentale obtenue par abstraction : les concepts de vertébrés, de maladie, de vérité, d’oubli, d’attention, etc. Par extension et déformation, désigne ce qui regroupe des notions, acceptions, liées entre elles, même d’une manière lâche. Einstein : " Le chercheur est parfois comme un homme qui voudrait comprendre le mécanisme d’une montre qu’il ne peut ouvrir. A partir des seuls éléments qu’il voit ou entend (les aiguilles tournent, le tic-tac), il peut chercher une explication rendant compte de la façon la plus simple, de faits nombreux même invisibles. Ce sont les concepts de mouvement, de roue, d’engrenage, qui permettent de comprendre sans le voir, le mécanisme de la montre ".
Contenu (analyse) : examen objectif, exhaustif, méthodique
et, si possible, quantitatif, d’un matériel soit verbal, information ou
texte (vocabulaire, syntaxe, style, thèmes…) soit non verbal (images,
affiches, gestes, attitudes, mimiques, voix, etc.), en vue d’en classer
et d’en interpréter les éléments. Exemple : étude d’un article, d’un
ouvrage, dépouillement d’un journal, d’une enquête sociale, etc.
Exemple de méthode d’examen : 1) Qui parle ? (personnalité de
l’émetteur ou auteur) ; 2) Pour dire quoi ? (caractère du message) ; 3)
A qui ? (étude du récepteur) ; 4) Comment ? (étude de la forme et du
véhicule de la communication) ; 5) Dans quel but ? (objectifs
explicites ou implicites) ; 6) Avec quels résultats ? (recherche des
effets réels de la communication). On distingue le contenu manifeste,
c’est-à-dire ce qui apparaît, le contenu latent pour lequel une
interprétation indirecte est nécessaire (" Oh qu’il fait chaud " peut
signifier " J’ai soif "), un contenu simplement représentatif qui
informe sur l’état de l’émetteur et un contenu instrumental destiné à
produire un certain effet sur le récepteur. Cette technique d’analyse a
beaucoup évolué sous l’influence de la linguistique, de la lexicologie,
du structuralisme et de la psychologie.
Déduction/Induction : l’induction est un processus de la pensée qui part de l’observation et conduit vers une hypothèse ou un modèle. L’induction est une généralisation, opération par laquelle on étend à une classe d’objets ce que l’on a observé sur un individu ou quelques cas particuliers. Par exemple, l’observation de la fréquence de mauvais résultats scolaires dans une communauté donnée conduit le chercheur à supposer une relation entre résultats scolaires et mode de vie.
La déduction consiste, à l’inverse, à partir de l’hypothèse pour l’appliquer à un cas d’observation : dans le même cas que ci-dessus, le chercheur pose a priori l’hypothèse d’une relation entre résultats scolaires et milieu social, et l’applique ensuite à l’étude d’un certain nombre de mauvais résultats scolaires. Noter que c’est à tort que l’on oppose la méthode inductive et la méthode déductive. De plus la déduction et l’induction concernent la formation des hypothèses et non le processus de démonstration. En fait, la pensée scientifique est un cheminement incessant entre induction et déduction.
Déterminisme : terme venant (1830) de la philosophie allemande. Théorie générale suivant laquelle l’univers obéit à des lois. De ce fait, les objets ou événements ou même les actions humaines sont liés de telle sorte que passé, présent et avenir ne peuvent être différents de ce qu’ils ont été ou seront. Théorie opposée à la notion de liberté. Conception positiviste, fondée sur la vérificabilité des phénomènes, selon laquelle certaines conditions étant données, les faits qui s’ensuivront sont prévisibles avec précision.
Dans un sens plus restreint, reconnaissance de l’influence de facteurs héréditaires et sociaux qu’il appartient à la biologie et à la sociologie de chercher et si possible de mesurer.
Dialectique :
1) Ensemble des moyens mis en œuvre dans la discussion en vue de démontrer, réfuter, emporter la conviction.
2) Chez Hegel (La phénoménologie de l’esprit, 1806), la dialectique consiste à apercevoir l’union inséparable des contradictions et à découvrir le principe de cette union en une unité supérieure ; le rythme du processus par lequel la pensée et l’être se développent simultanément est ternaire : thèse ou affirmation, antithèse ou négation, synthèse ou négation de la négation, par laquelle est à la fois dépassé et conservé (incorporé) ce que contiennent de vrai la thèse et l’antithèse.
3) La méthode dialectique est la découverte progressive de l’esprit humain qui se connaît peu à peu en se créant à travers ses contradictions.
4) Mouvement de la connaissance scientifique qui est rectification incessante des idées par les faits et des faits par les idées (G. Bachelard).
Données : informations recueillies par le chercheur. Matériau empirique auquel on applique certaines techniques permettant une quantification, une interprétation, la vérification d’une hypothèse ou une explication.
Disruptive technology : is a new product or innovation that
sneaks into an established market because industry leaders fail to
recognize the threat it poses. Note: www.library.hbs.edu/hc/distech/exhibit.htm#introInvestigating
Disruptive Technology The concept of disruptive technologies, first
developed by Harvard Business School Professors Richard S. Rosenbloom,
Joseph L. Bower and Clayton M. Christensen, cuts across many industry
types and time periods. A disruptive technology is a new product or
innovation that sneaks into an established market because industry
leaders fail to recognize the threat it poses. Since not all new
technologies will be disruptive technologies, they are not always easy
to recognize. However, disruptive technologies that damage an
established company typically have three important characteristics:
they initially underperform established products, they present new
benefits that enable new applications for new customers, and their
performance characteristically improves rapidly. The irony is that
companies do not succumb to disruptive technologies because of a lack
of foresight, management savvy, or knowledge of the market. Rather,
they underestimate the role that the new technology may play in
emerging future markets and choose to focus on developing the
sustaining technologies that their customers want today. Sailing ship
companies, steam locomotive builders, and disk drive manufacturers are
just a few of the many industries that have failed to see that
apparently marginal and inferior technologies can cost them their
entire business.
Echantillonnage : fait de constituer un échantillon (échantillon : sous-ensemble caractéristique d’une population ou d’un domaine d’activité). Celui-ci sous une forme réduite doit être représentatif de la population entière concernée. Choix méthodique et calculé, dans un groupe donné, des éléments représentatifs de l’ensemble. Pour que l’échantillon soit représentatif d’une population dans une enquête ou sondage d’opinions, il faut interroger des sujets appartenant à différents groupes d’âge, de sexe, de profession, de milieu, en proportion de leur importance réelle dans cette population.
Empathie : aptitude à se mettre à la place de l’autre. A distinguer de l’identification (processus inconscient), de la sympathie (tendance affective vers l’autre), de l’insight (intuition restreinte à une seule signification). Attitude envers autrui caractérisée par un effort de compréhension intellectuelle de l’autre, excluant tout entraînement affectif personnel (sympathie ou antipathie) et tout jugement moral. Qualifie une attitude de compréhension de l’affectivité d’autrui, mais contrôlée pour rester objective. Cette transposition imaginative dans les pensées et sentiments de l’autre peut être plus ou moins complète. Elle se définit et surtout se mesure difficilement. Elle oscille fatalement entre la projection du moi et l’identification à autrui. Les auteurs discutent des deux aspects : aptitude à deviner l’autre (clairvoyance) mais aussi aptitude à se faire comprendre.
Empirisme : s’applique à tout ce qui a sa source dans l’expérience, l’observation. Loi, théorie, qui prend l’expérience pour base ; ensemble des doctrines reposant sur l’expérience. L’empirisme philosophique étant la théorie selon laquelle toutes nos connaissances tiennent de l’expérience, il s’oppose au rationalisme d’après lequel certaines de nos connaissances viennent d’ailleurs (réminiscence de Platon, idées innées de Descartes).
Entretien : correspond au mot anglais interview. Plus juste que " entrevue ". C’est un procédé d’investigation scientifique, utilisant un processus de communication verbale pour recueillir des informations en relation avec le but fixé. A l’inverse de l’enquête par questionnaire, les méthodes d’entretiens se caractérisent par un contact direct entre le chercheur et ses interlocuteurs. Correctement mis au point, les entretiens permettent de prélever des informations et des éléments de réflexion très riches et nuancés. Il existe différents types d’entretiens : entretien en profondeur, à réponses libres ou guidées, entretien centré, entretien à questions ouvertes, à questions fermées. On les casse également suivant le degré de liberté laissé aux interlocuteurs et le niveau de profondeur visé : entretien directif (l’enquêté est conduit à répondre aux questions précises qui lui sont posées) ; entretien non directif (qui implique de la part du chercheur une attitude d’empathie facilitant chez l’enquêté l’expression de ses sentiments) ; entretien semi-directif ou entretien libre. On distingue également les entretiens directs où les questions posées ne veulent rien dire d’autre que ce qu’elles paraissent demander, et les entretiens indirects où les questions posées permettent au chercheur de recueillir des informations à l’insu de l’enquêté.
Epistémologie : étude de la démarche générale de la science et des conditions de production des faits scientifiques. Le terme recouvre une série de disciplines comme la philosophie des sciences, l’histoire, la sociologie et la psychologie de la connaissance scientifique. On distingue une épistémologie normative (K. Popper) qui veut déterminer les critères de ce que doit être une science, et une épistémologie descriptive, qui a pour vocation de décrire les sciences telles qu’elles se font réellement.
Selon les auteurs, l’épistémologie, en constante transformation,
est, en fait, soit une recherche interne à la science ou même à chaque
science, soit une théorie philosophique de la connaissance
scientifique, soit encore une philosophie qui se dégage de la science.
Falsifiabilité/Réfutation : falsifiable : néologisme crée par K. Popper en 1934. Caractère de tout ce que l’on peut infirmer, réfuter, rendre faux. Par exemple les lois comme " tous les corps chauffés se dilatent " ou bien " toutes les révolutions politiques sont précédées d’une famine " sont aisément falsifiables par n’importe quel chercheur qui observerait un corps chauffé ne se dilatant pas ou une révolution survenant en pleine période de prospérité économique. A l’inverse, une théorie énonçant que " toutes les révolutions politiques sont précédées d’un mécontentement de la population " est vérifiable et pourtant infalsifiable car, par définition, une révolution prouve que le système est contesté par au moins une partie de la population. Reste à savoir pourquoi ! Ainsi la vérification d’une théorie n’est pas forcément une preuve de sa validité. Popper souligne le caractère provisoire des hypothèses dont on peut, à un moment donné, démontrer la fausseté mais pas le caractère définitivement irréfutable. Dans les sciences expérimentales, la falsifiabilité est le caractère d’un énoncé ou d’une théorie de pouvoir être soumis à un test empirique négatif, confronté à une expérience susceptible de l’infirmer ; ex : la théorie de la Relativité : " un système faisant partie de la science empirique doit pouvoir être réfuté par l’expérience ; en revanche, l’énoncé : demain il y aura une bataille navale ou il n’y en aura pas, n’est pas " falsifiable ". Il est de même d’un système ou d’une théorie visant à prouver l’immortalité de l‘âme ou le providentialisme : donc " c’est la falsifiabilité et non la vérificabilité d’un système qu’il faut prendre comme critère de démarcation " entre la science et la métaphysique. Mais si la falsibialité (ou réfutabilité) définit la scientificité d’une théorie, si son degré de corroboration augmente avec la sûreté des tests effectués, une théorie ne peut jamais être absolument confirmée. Une théorie n’atteint jamais la vérité définitive, elle n’est qu’une hypothèse ou conjecture qui rend le mieux compte du réel dans l’attente d’une nouvelle théorie plus précise. Selon Popper, ce que l’on appelle la vérification d’une théorie " n’est pas autre chose qu’une tentative de réfutation dont le résultat a été négatif. La théorie n’a pas été réfutée, elle n’a pas été et ne pouvait être prouvée " (J. Monod). En outre, la notion de falsifiabilité permet d’établir une démarcation non seulement entre la science et la métaphysique, mais entre des conceptions scientifiques authentiques et des conceptions qu’aucune expérience ne peut démentir, comme le marxisme ou la psychanalyse : " Le marxisme et la psychanalyse sont hors de la science précisément en ce que et parce que, par nature, par la structure même de leurs théories, ils sont irréfutables. Leur pouvoir d’interprétation est infini ; il n’est pas un fait historique, pas une observation clinique, que de telles théories ne peuvent assimiler " (J. Monod).
Fidélité : qualité d’un instrument de mesure (test, question), qui, utilisé par des personnes différentes, dans les mêmes conditions, donne le même résultat.
Fonction : constat d’un rapport du rôle joué par l’élément organe d’un ensemble ou structure dont les parties sont interdépendantes. La question est de savoir si la conséquence de la fonction est prévisible ou même nécessaire, et dans quelles conditions ces conditions dépendent des acteurs sociaux, et lesquels. La notion a été introduite en anthropologie par B. Malinowski et reprise par les sociologues. Au sens strict, elle postule et désigne la relation entre un objet ou une pratique sociale et les idées, objets, pratiques, besoins, qu’elle contribue à maintenir. On définit généralement la fonction par le rôle, l’utilité, donc le but ; ex : l’école remplit une fonction d’enseignement. C’est " la satisfaction d’un besoin par une activité " (E. Durkheim). Mais cet aspect de finalité ajoute à la notion biologique de processus une condition supplémentaire, l’interdépendance. La fonction devient un mode d’adaptation d’un élément social ou culturel à un ensemble : la société. Les caractères en dehors du système seront considérés comme non fonctionnels.
Fonctionnalisme : théorie sociologique et anthropologique
selon laquelle la société forme un ensemble intégré où chaque élément
remplit une fonction utile dans le dispositif d’ensemble (ex : la
famille a une fonction économique mais également éducative,
culturelle). Branislaw Malinowski (Les argonautes du Pacifique
Occidental, 1922) et Alfred Reginald Radcliff-Brown (Structures et
fonction dans la société primitive, 1952) ont introduit le
fonctionnalisme en ethnologie. En sociologie, Talcott Parsons (Eléments
pour une sociologie de l’action, 1951) est le principal représentant de
l’école fonctionnaliste. Le sociologue Robert King Merton (Eléments de
théorie et méthode sociologique, trad. 1955) propose une vision ouverte
du fonctionnalisme, distinguant les fonctions manifeste (dont l’utilité
apparaît directement : l’entreprise sert à produire) et les fonctions
latentes, qui ne sont pas perçues de manière évidente (l’entreprise est
aussi un lieu de socialisation). Il a apporté cette précision
essentielle : ce qui est fonctionnel pour un groupe peut ne pas l’être
pour un autre, introduisant ainsi la possibilité de penser le
changement, les contradictions et conflits au sein de la théorie
fonctionnaliste.
Grid Computing: an innovative approach that leverages existing IT infrastructure to optimize compute resources and manage data and computing workloads. According to Gartner, "a grid is a collection of resources owned by multiple organizations that is coordinated to allow them to solve a common problem." Gartner further defines three commonly recognized forms of grid: Computing grid - multiple computers to solve one application problem Data grid - multiple storage systems to host one very large data set * Collaboration grid - multiple collaboration systems for collaborating on a common issue.
Grid computing is not a new concept but one that has gained recent renewed interest and activity for a couple of main reasons:
- IT budgets have been cut, and grid computing offers a much less expensive alternative to purchasing new, larger server platforms.
- Computing problems in several industries involve processing large volumes of data and/or performing repetitive computations to the extent that the workload requirements exceed existing server platform capabilities.
Some of the industries that are interested in grid computing include: life sciences, computer manufacturing, industrial manufacturing, financial services, and * government.
Hypertexte : C'est Ted Nelson, philosophe de formation, qui le premier forge le terme « hypertexte » dans un article éponyme donné lors de la conférence de la Fédération Mondiale de Documentation.
Personnage contesté, il n'en demeure pas moins l'un des visionnaires les plus actifs et il est à l'origine de nombre de concepts aujourd'hui au coeur de problématiques importantes (« transpublishing » pour les questions de droit d'auteur, « versioning » pour celles des archives ouvertes et des nouveaux modes de publication, etc.). Tous ces concepts prennent place dans le cadre de son projet XANADU (http://www.xanadu.net).
Douglas Engelbart, chercheur au mythique SRI (Stanford Research Institute), est non seulement l'inventeur du système actuel de fenêtrage et de la souris, mais également le concepteur d'un système baptisé « Augment » destiné à faciliter l'augmentation des capacités de l'intelligence humaine. « By « augmenting human intellect » we mean increasing the capability of a man to approach a complex problem situation, to gain comprehension to suit his particular needs, and to derive solutions to problems.» [Engelbart 62 p.1].
Augment peut être considéré comme le premier système hypertextuel effectivement réalisé :
« As part of the Augment Project, primarily designed for office automation, Engelbart (...) developed a system called NLS which had hypertext-like features. This system was used to store all research papers, memos and reports in a shared workspace that could be cross-referenced with each other. In 1968, he demonstrated NLS as a collaborative system among people spread geographically. »
Herméneutique : à l’origine, science de l’interprétation des textes philosophiques ou des textes sacrés qui vise à en dégager la ou les significations profondes, le sens caché. L’herméneutique s’est étendue aujourd’hui à d’autres disciplines comme la psychanalyse, la sémiotique pour lesquelles l’interprétation consiste à décrypter les phénomènes observables de la réalité comme des signes d’une réalité cachée. L’herméneutique des phénomènes humains, qui requièrent une interprétation et une compréhension, s’oppose à l’analyse objective des phénomènes de la nature. Le philosophe Paul Ricoeur (Le conflit des interprétations, 1969) a montré qu’un même ensemble de faits est susceptible d’être soumis à une pluralité d’interprétations toutes cohérentes. Se pose alors la question de la validité et du contrôle des interprétations.
Heuristique : partie de la science qui a pour objet la découverte. Utile à la compréhension scientifique. Adjectif appliqué à une méthode d’exploration d’un problème dans laquelle la solution est obtenue par évaluations successives sur des hypothèses provisoires et par comparaison au but à atteindre. Se dit d’une hypothèse ou d’une méthode fertile pour la connaissance. Le modèle épidémiologique de la diffusion d’une maladie est très heuristique (fécond) lorsqu’on l’applique, en sociologie par exemple, à la diffusion des techniques.
Historicisme, historicité : situation par laquelle l’homme se définit comme existence et être empirique. En phénoménologie : ensemble des facteurs qui constituent l’histoire personnelle du sujet et la signification affective qu’il attribue aux événements de celle-ci. En sociologie, l’historicité d’une société est l’objet d’études spécifiques de la sociologie de l’action. Elle recouvre la manière dont les œuvres sont produites (modèle culturel), réparties (hiérarchie), consommées, la capacité d’action de la société sur elle-même.
Holisme : (du grec holos, totalité). Qui forme un tout. Se dit de toute conception d’après laquelle le tout (organisme, société, etc.) a des propriétés distinctes de celles de ses éléments constitutifs, ce qui requiert, en conséquence, une étude globale. En sciences humaines, renvoie à l’idée de totalité, de globalité. L’anthropologue Louis Dumont oppose les sociétés holistes où la société prime sur l’individu, aux sociétés individualistes où l’individu est sa propre fin. En sociologie, les visions holistes voient dans la société une contrainte qui assujettit les individus.
Hypothèse : l’hypothèse est une proposition de réponse à une question posée. L’organisation d’une recherche autour d’hypothèses de travail constitue un excellent moyen de la mener avec ordre et rigueur sans sacrifier pour autant l’esprit de découverte et de curiosité. Davantage, un travail ne peut être considéré comme une véritable recherche s’il ne se structure pas autour d’une ou plusieurs hypothèses. L’hypothèse, fondée sur une réflexion théorique et sur la connaissance préparatoire du phénomène étudié (phase exploratoire), s’exprime comme une présomption non gratuite portant sur le comportement des objets étudiés. Le chercheur qui la formule dit en fait : " Je pense que c’est dans cette direction-là qu’il faut chercher, que cette piste sera la plus féconde ". L’hypothèse est donc une proposition concernant la valeur d’un paramètre, la loi probabiliste à l’origine du caractère des types d’observation. C’est une proposition ou ensemble de propositions, qui constitue le point de départ de la démonstration. Une hypothèse est donc une proposition provisoire, une présomption qui demande à être vérifiée. Il n’est d’observation ou d’expérimentation qui ne repose sur des hypothèses. Quand elles ne sont pas explicites, elles sont implicites, ou même inconscientes.
L’hypothèse peut se présenter comme l’anticipation d’une relation entre un phénomène et un concept capable d’en rendre compte. Elle peut également se présenter comme l’anticipation d’une relation entre deux concepts ou, ce qui revient au même, entre deux types de phénomènes qu’ils désignent.
L’hypothèse sera confrontée dans une étape ultérieure de la recherche à des données d’observation. Pour pouvoir faire l’objet de cette vérification empirique, une hypothèse doit être falsifiable ou réfutable (K. Popper). Cela signifie d’abord qu’elle doit pouvoir être testée indéfiniment et donc revêtir un caractère de généralité, et ensuite, qu’elle doit accepter des énoncés contraires qui sont théoriquement susceptibles d’être vérifiés.
Hypothético-déductif : si l’on sen tient à ce que disent la plupart
des manuels, la méthode hypothético-déductive est la candidate la plus
sérieuse à l’universalité. C’est elle qui reproduirait le mouvement le
plus rigoureux d’une authentique pensée scientifique. Son principe
général tient schématiquement en quelques mots : construction d’un
objet de recherche ; élaboration d’une hypothèse ; collecte de donnée
et interprétation.
Imaginaire : on sait maintenant que la fonction de l’imaginaire ne se réduit pas aux activités " littéraires " ou esthétiques, mais que toute la démarche (démarche d’éveil, d’observation scientifique ou de raisonnement mathématique) est fécondée lorsque l’imaginaire anticipe, propose des modèles, impulse la pensée " divergente ", multiplie les solutions possibles. L’ensemble des représentations mythiques d’une société constitue l’imaginaire collectif (Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, 1975). Pour cet auteur, l’imaginaire est le fondement du symbolique, élément central dans le processus d’institution de la société.
Implication : la notion d’implication est de plus en plus employée, chargée de sens semblant contradictoires parce que se situant dans le contexte de l’héritage du postulat d’objectivité des sciences exactes. Or, il n’est pas, dans la pratique d’un praticien ou d’un chercheur en sciences humaines, de neutralité ou d’objectivité pure, parce que le tissu des interactions constituant ces pratiques sont de l’ordre de l’inter-subjectivité. L’implication, traditionnellement vue comme facteur de distorsion dans l’observation de l’objet est considérée par tout un courant de chercheurs en sciences humaines comme la possibilité d’une intuition source et moyen de connaissance. L’implication est à distinguer de l’engagement, avec lequel on a souvent tendance à la confondre.
Indicateur : donnée observable permettant d’apprécier les dimensions, la présence ou l’absence de phénomènes que l’on ne peut saisir directement ni objectivement (ex : la grève, l’absentéisme, le turnover, sont retenus comme indicateurs du moral d’une entreprise). La difficulté réside dans le choix d’indicateurs significatifs. La relation entre chaque indicateur et le concept à étudier ne peut être définie qu’en terme de probabilité et varié suivant les situations : le terme prudence ne recouvre pas les mêmes comportements de la part du chauffeur de taxi, d’un notaire ou d’un chirurgien. Il convient donc d’avoir plusieurs indicateurs à la fois révélateurs et chiffrables lorsqu’il s’agit de résultats quantifiés. Dans le cas de recherches qualitatives, il faut surtout qu’ils soient riches de significations par rapport à l’objet de recherche.
Individualisme méthodologique : principe selon lequel les phénomènes sociaux sont la conséquence (volontaire ou involontaire) des actions individuelles qui se combinent entre elles (effet d’agrégation). Il faut donc partir de l’analyse de ces actions individuelles pour comprendre le social (c’est pourquoi l’individualisme est dit " méthodologique "). R. Boudon (La logique du social, 1979), le principal représentant en France de l’individualisme méthodologique, souligne que l’individu peut " parfois " être un groupe ou une institution qui interfère comme unité d’action autonome.
Interactionnisme : théorie sociologique qui conçoit la société comme la composition des relations inter-individuelles, et qui pourrait s’opposer au déterminisme qui part du tout social ou d’un individualisme qui éviterait de prendre en compte la dimension essentielle de la relation sociale dans les comportements sociaux des individus. Les paradigmes de l’action collective ou de l’action individuelle sont autant de formes d’interactionnismes.
Interactionnisme symbolique : intéractionnisme qui s’intéresse avant tout aux formes de communication et représentation en jeu dans les relations interindividuelles.
Interdisciplinarité : s’applique à ce qui est commun à
plusieurs disciplines, qui crée un lien entre elles. Terme introduit
pour désigner les nouvelles réalités engendrées par le développement
des disciplines dans le traitement de problèmes nouveaux. L’objectif
est de créer un formalisme large et précis pour exprimer, communiquer,
poursuivre des recherches dans des domaines investis par des chercheurs
relevant de disciplines qui sans cela resteraient isolés. Le résultat
en est une meilleure intégration des savoirs et un développement plus
efficace et plus réaliste de la recherche.
MeMex: Bush est unanimement reconnu comme le pionnier de l'hypertexte/hypermédia sous sa forme actuelle. Il est - tout comme Otlet - confronté à l'explosion de la masse documentaire.
Il imagine alors un système automatisé de microfiches, baptisé MeMex (Memory Extender) lequel ne sera jamais effectivement réalisé, mais contient déjà la plupart des idées de l'hypertexte. Celle-ci sont exposées dans l'article « As we may think » qui commence par ces mots : « Consider a future device for individual use which is a sort of mechanized private file and library. ».
L'idée de base est de reproduire le fonctionnement caractéristique de l'esprit humain en imaginant des machines capables de fonctionner par association et non plus selon le modèle classique de l'indexation. «Human mind (...) operates by association. (...) Selection by association, rather than by indexing, may yet be mechanized.» Son système est défini comme suit : «A memex is a device in which an individual stores all his books, records and communications, and which is mechanized so that it may be consulted with exceeding speed and flexibility. It is an enlarged intimate supplement to his memory. » La révolution de l'approche de Bush peut se résumer à deux idées principales :
- il est possible de « mécaniser » le fonctionnement associatif de l'esprit humain
- les parcours de navigation (« trails ») et d'accès dans un tel environnement associatif sont des éléments de construction du sens.
Métaphysique : au sens moderne du terme, partie de la philosophie (ou plutôt ce qui, dans le programme de cette discipline est proprement philosophique) dans laquelle, en réfléchissant sur l’expérience, principalement sur l’expérience de la vie de l’esprit, on cherche l’explication rationnelle du réel, en particulier de la réalité humaine, s’interrogeant sur le sens de la vie. Recherche rationnelle ayant pour objet la connaissance de l’être absolu, des causes de l’univers et des principes premiers de la connaissance : " C’est un effort vivant pour embrasser du dedans la condition humaine dans sa totalité " (J-P. Sartre).
Méthode : ensemble de moyens mis rationnellement en œuvre pour l’obtention d’un résultat déterminé. Dans le domaine de la recherche scientifique, désigne l’ensemble des procédés rationnels au moyen desquels on tire des faits particuliers et des lois, c’est-à-dire des relations universelles entre les phénomènes ; on admet qu’elle comprend trois moments : l’observation des faits, la formation d’une hypothèse, et sa vérification (Claude Bernard). Une particularité des sciences humaines cependant : pour chaque problématique et champ d’étude, on peut monter une méthode appropriée. Il n’existe pas en ce domaine de méthode universelle comme " la " méthode expérimentale.
Multidisciplinarité : la multidisciplinarité caractérise une situation où la solution d’un problème dans une discipline donnée suppose la réunion d’informations venant d’autres disciplines, parfois sans rapport apparent entre elles, mais sans que cet emprunt n’enrichisse ou ne modifie les disciplines prêteuses.
Multiréférentialité : partant de l’hypothèse de la complexité
(voire de l’hyper-complexité) de la réalité à propos de laquelle on
s’interroge, la multiréférentialité préconise une lecture plurielle de
ses objets (théoriques et pratiques) sous différents angles, impliquant
autant de regards spécifiques et de langages, appropriés aux
descriptions requises en fonction de systèmes de références distincts,
supposés reconnus, explicitement non réductibles les uns aux autres,
c’est-à-dire hétérogènes. La multiréférentialité tente d’apporter une
réponse à la complexité prêtée à certains objets dont on ne pourrait,
autrement, permettre l’intelligibilité. Elle tente d’apporter un " plus
" aux inter-, multi-, et trans-disciplinarité.
Notion : connaissance abstraite. Plus vague que concept.
Objectivité : caractère de l’investigation scientifique qui s’affranchit de la sensibilité subjective en construisant des objets à partir de l’observation et de l’expérimentation (établissement des faits, énoncé des lois, édification des théories) en confirmant ou vérifiant la validité de ces opérations par le retour à l’expérience ; toutefois cette validité demeure relative en ce sens que la science ne prétend pas atteindre à la connaissance absolue des choses mais seulement à s’accorder avec ce que l’expérience a révélé jusqu’ici. En soi, l’objectivité n’existe pas. Elle peut seulement être le résultat d’une démarche d’objectivation (passage de la sensation à la perception), observation sous certaines conditions : expérimentation, vérification des instruments, contrôle de l’interprétation des données, etc.
Objectivisme : doctrine selon laquelle la perception permet
une connaissance directe de la réalité extérieure. Tendance
épistémologique à nier le rôle de la subjectivité. Opposé au
subjectivisme qui dévalorise l’empirisme et l’expérimentation,
l’objectivisme peut nuire aux sciences sociales en les réduisant au
modèle des sciences de la nature.
Paradigme : terme forgé par Thomas Kuhn (La structure des révolutions scientifiques, 1983) pour désigner un modèle explicatif dominant au sein d’une discipline scientifique. Pour T. Kuhn, contrairement à une conception dominante, l’histoire des sciences n’est pas une montée graduelle et cumulative vers des théories de plus en plus vraies issues de l’expérience. Selon lui, la science procède par bonds : à des périodes calmes, dominées par un " paradigme ", succèdent des crises de contestation pouvant déboucher sur des révolutions. La crise peut déboucher sur une remise en cause radicale des constructions scientifiques par " conversion " d’une partie au moins de la communauté scientifique, qui adopte un nouveau paradigme capable d’opérer une reconstruction du champ du savoir. La médecine occidentale dominante actuelle qui explique tous les troubles physiques par des causes physiologiques et les traite par des soins organiques (médicaments, opérations…) est le paradigme dominant de la médecine officielle. Un paradigme scientifique est donc une façon de voir les choses qui est partagée par les chercheurs d’un domaine, et qui peut aller jusqu’à dominer une époque. Ce fut le cas par exemple de la physique newtonienne du 17e siècle jusqu’au début du 20e siècle.
Pattern : signifie : patron, configuration, structure, modèle. Forme typique d’activité stéréotypée. Types de comportement que le milieu social impose à ses membres et dont la classification constitue une typologie culturelle. Forme caractéristique des divers éléments d’une culture ou d’une société et mode spécifique de vie de ses membres (usage, coutume, mœurs).
Philosophie : ensemble des études, des recherches visant à saisir les causes premières, la réalité absolue ainsi que les fondements des valeurs humaines et envisageant les problèmes à leur plus haut degré de généralité : interrogation sur les principes, le sens et les valeurs qui fondent le rapport de l’homme au monde, à autrui, à lui-même ; tentative de réponse rationnelle pour comprendre et agir ; système de réflexion critique sur les problèmes humains de la connaissance et de l’action.
La distinction entre la philosophie et les sciences de la nature ne date que du début du 19e siècle et sa définition posait elle-même un problème philosophique. On peut retenir comme caractère spécifique de la philosophie qu’elle est un savoir rationnel (ce qui la distingue de l’idéologie et de la religion), mais non scientifique, car elle vise la totalité du réel en partant d’éléments qui ne sont pas des phénomènes. Sa réflexion ne peut pas être soumise au contrôle de l’expérience et les solutions qu’elle donne aux problèmes qu’elle soulève (la vérité, la connaissance) ne sont pas vérifiables.
Philosophie de la connaissance : qu’est-ce que connaître ? Telle est la question de base de la philosophie de la connaissance scientifique. Cette interrogation ne porte pas que sur la connaissance scientifique mais sur tous les processus de connaissance : intuition, perception, logique…
La tradition philosophique oppose par exemple l’empirisme de David Hume : les connaissances nous viennent de l’expérience, du monde qui s’imprime dans notre esprit (Essais sur l’entendement humain, 1748) et le criticisme d’Emmanuel Kant : toute connaissance s’inscrit dans les cadres humains de la pensée (Critique de la raison pure ; Critique de la raison pratique, 1788).
Un des problèmes fondamentaux de la philosophie de la connaissance concerne l’adéquation entre le réel et la pensée.
Pluridisciplinarité : qualifie un domaine de recherche où collaborent des représentants de plusieurs disciplines plus ou moins voisines. Postule implicitement que les frontières entre les disciplines sont fixées définitivement, différence d’avec l’interdisciplinarité. Terme utilisé pour qualifier un domaine où collaborent des représentants de plusieurs disciplines.
Postulat : le postulat est un principe indémontrable qui paraît légitime, incontestable. C’est un principe déductif qu’on ne peut prendre comme fondement d’une démonstration sans l’assentiment de l’auditeur. Dans la géométrie euclidienne, proposition ni évidente ni démontrable que le géomètre demande d’admettre pour qu’il puisse construire son système hypothético-déductif. En sciences sociales, proposition acceptée, supposée exacte sans vérification, ce qui la distingue de l’hypothèse, mais pas assez évidente pour être assimilée à l’axiome. On distingue les postulats explicites : le fonctionnalisme accepte l’unité fonctionnelle de la société ; et les postulats implicites, très proches des prénotions antiscientifiques (croyances de sens commun, fausses évidences échappant à la réflexion critique) : par exemple la notion de nature humaine qui serait définie une fois pour toutes et toujours semblable.
Positivisme : ensemble des doctrines positives d’Auguste Comte (Cours de philosophie positive ; Discours sur l’esprit positif ; Système de politique positive, 1830-1854). Caractère de rigueur scientifique. Sont positives les connaissances qui relient par des lois des faits établis et contrôlés par l’expérience scientifique. La sociologie positive explore les modalités théoriques (théologiques et métaphysiques aussi chez Comte) par lesquelles les hommes ordonnent le monde et s’en emparent collectivement ; elle est ainsi une sociologie de la connaissance, des valeurs et normes. Dans cette direction, l’école française de sociologie fondée par Durkheim approfondira l’étude des faits sociaux. Comme trop souvent, le succès du positivisme a entraîné chez ses adeptes des prises de position réductrices et sectaires qui devaient à leur tour amener des réactions anti-positivistes déformant la pensée d’A. Comte.
Problématique : ensemble des hypothèses, des orientations, des problèmes envisagés dans une théorie, dans une recherche. La problématique est l’approche ou la perspective théorique que l’on décide d’adopter pour traiter le problème posé par la question de départ.
Trois temps peuvent caractériser la construction d’une problématique :
exploitation des lectures et entretiens, détermination des différents aspects du problème posé par la question de départ ainsi que les liens qu’ils entretiennent entre eux.
A travers des points de vue ou des orientations théoriques, très différents parfois, choix de l’orientation qui semble la plus pertinente, ou élaboration d’une nouvelle orientation transcendant les précédentes.
Explicitation du cadre conceptuel qui caractérise la problématique
retenue, c’est-à-dire description du cadre théorique dans lequel
s’inscrit la démarche du chercheur ; c’est la précision des concepts
fondamentaux, des liens qu’ils ont entre eux. Se dessine ainsi la
structure conceptuelle qui va fonder les propositions qui seront
élaborées en réponse à la question de départ.
Rationalisme : dans l’histoire de la philosophie, courant de pense qui défend la raison comme principe premier de la connaissance (Descartes en est la figure emblématique). Dans un sens plus large, tous les défenseurs d’une science rigoureuse, objective Cf. le rationalisme critique de K. Popper (La logique de la découverte scientifique, 1935) le rationalisme appliqué de G. Bachelard (Le nouvel esprit scientifique, 1934 ; La formation de l’esprit scientifique, 1958).
Recherche : investigation méthodique, portant en général sur un secteur particulier dont il s’agit de découvrir les facteurs qui l’influencent, de proposer des hypothèses explicatives et si possible de les vérifier. Recherche fondamentale et appliquée : la première correspond à la volonté de comprendre, de savoir pour savoir ; la seconde répond à des critères précis d’utilisation, il s’agit moins de progresser dans la connaissance que d’utiliser un savoir déjà acquis. C’est donc de la première que se nourrit la seconde. Recherche orientée : elle unit recherche fondamentale et recherche appliquée ; terme récent : c’est une recherche issue des besoins sociaux, impliquant une orientation de la solution à trouver, mais commandée par un problème concret à résoudre.
Recherche-action : démarche de recherche qui s’est développée
sur la base d’une contestation des formes " traditionnelles " de
recherche, d’une critique de l’utilisation des sciences sociales comme
instruments de domination, d’une volonté d’intégrer les résultats de la
recherche dans l’action sociale. La recherche-action se propose
d’établir un nouveau rapport entre théorie et pratique (ne pas
confondre avec la recherche appliquée). La recherche-action renvoie à
un processus de connaissance orienté vers l’émancipation des chercheurs
et des sujets (sont désignés par sujets les personnes ou groupes sur
lesquels porte la recherche). Elle implique que soit défini un but
commun aux chercheurs et aux sujets. A ce propos, Kurt Lewin
(Psychologie dynamique. Les relations humaines, 1931), le promoteur de
la recherche-action, disait : " Le chercheur et les sujets de la
recherche cheminent ensemble vers la connaissance ". Ainsi doit être
abolie la relation sujet/objet entre les chercheurs et ceux qu’on
appelle traditionnellement les objets de la recherche. Une certaine
empathie critique doit remplacer une méfiance généralisée, une
compréhension dynamique et autonome doit réunir tous les partenaires.
La recherche-action permet de limiter l’asymétrie entre les chercheurs
et les sujets de la recherche ; elle peut même garantir aux sujets de
la recherche un véritable contrôle de la problématisation, du processus
de recherche et de la gestion des résultats.
Sérendipité: Le terme de serendipity apparaît avec Walpole dans un conte oriental « Voyages et aventures des trois princes de Serendip » (Ceylan), où ceux-ci, « ayant d'abord été formés avec soins, dans toutes les sciences, se tiraient toujours d'affaire grâce à leur talent exceptionnel pour remarquer, observer, déduire, à toute occasion. ». Ce terme apparaît en sciences et se conceptualise avec Merton qui le définit ainsi : « la découverte par chance ou sagacité de résultats que l'on ne cherchait pas ». La sérendipité (« fortuité » pour nos amis québécois) est une problématique qui n'a fait que récemment son entrée dans le champ des sciences de l'information - francophones - sous la plume de Perriault : « L'effet «serendip» (...) consiste à trouver par hasard et avec agilité une chose que l'on ne cherche pas. On est alors conduit à pratiquer l'inférence abductive, à construire un cadre théorique qui englobe grâce à un «bricolage» approprié des informations jusqu'alors disparates.».
Pour cerner ce concept et appréhender le phénomène nous indiquons ci-dessous quelques exemples célèbres. Tout le monde a appris comment Christophe Colomb, cherchant la route occidentale des Indes découvrit en fait l'Amérique. Nombre d'autres découvertes tout aussi essentielles pour l'humanité ont partie liées avec la sérendipité. En voici une liste non-exhaustive : le principe de champagnisation (Dom Pérignon), la pasteurisation (L. Pasteur), la pénicilline (A. Fleming), les rayons X (W. Röntgen), la vulcanisation du caoutchouc (Ch. Goodyear). Citons également d'autres découvertes moins "essentielles" comme le "post-it" (où comment répondre à la question : "que faire d'une colle qui ne colle pas ?"), le Caprice des dieux, le Coca-Cola, le Zyban et le Viagra...
Subjectif : qui appartient au sujet en tant qu’être conscient ; ex : l’émotion est un phénomène subjectif. Aussi : qui concerne le sujet pensant et relève de son expérience interne.
Subjectivisme : tendance à privilégier le subjectif par rapport à l’objectif.
Science : désigne toute connaissance ou étude d’une valeur universelle obtenue soit par démonstration, soit par observation et vérification expérimentale. En tant que rationnelle, elle se différencie de la connaissance qui s’en tient le plus souvent aux fats, sans aller bien loin dans la recherche des raisons et sans contrôler rationnellement les explications qui se présentent à l’esprit.
Conduire une démarche scientifique, c’est, dans tous les cas une quête de distance critique par rapport aux évidences trompeuses qui sont d’autant plus facilement acceptées qu’elles comblent un vide, qu’elles rassurent et qu’elles permettent à des intérêts, voire à des privilèges, de se maintenir. Le chercheur doit " s’imposer une polémique incessante contre les évidences aveuglantes qui procurent à trop bon compte l’illusion du savoir immédiat et de sa richesse indépassable " (P. Bourdieu).
Sciences de l’homme : d’un usage assez courant, s’oppose aux sciences de la nature, mais l’expression " sciences humaines " ou " sciences sociales " semblent prévaloir.
Sciences humaines / Sciences sociales : anthropologie, ethnographie, ethnologie, histoire, économie, sociologie, sciences politiques, psychologie, psychologie sociale, psychosociologie, psychanalyse, sciences de l’éducation, etc., sont-elles des sciences qu’on dirait " humaines " ou " sociales " ? Il n’y a pas véritablement d’inconvénient à utiliser indifféremment les deux termes de sciences humaines et de sciences sociales, qui sont tour à tour privilégiés suivant les périodes. Ils désignent l’ensemble des sciences étudiant l’homme en société : les sciences de base concernant l’étude de l’homme du point de vue mental ou social, la psychologie sous ses différentes formes, y compris la psychanalyse, la sociologie sous ses différentes formes, y compris l’ethnologie. Au sens large, ces expressions regroupent, outre les précédentes, des disciplines ayant un caractère scientifique et utilisant des connaissances de sciences diverses : linguistique, philologie, économie, pédagogie, histoire, etc. La recherche de distinction et de classification entre sciences humaines et sciences sociales paraît une assez vaine tentative de justification après coup de découpages arbitraires des enseignements universitaires.
Sciences de l’homme et de la société : expression proposée en 1982 par Maurice Godelier : " Je propose d’abolir cette distinction bizarre entre sciences de l’homme et sciences de la société, due au découpage ancien des facultés des lettres, de droit, etc., et de constituer un grand secteur des sciences de l’homme et de la société, dont l’objet serait l’étude des différents types de rapports sociaux et de pratiques sociales qui existent aujourd’hui à la surface du globe ou se sont succédés dans l’histoire de l’humanité ". Cette expression est assez fréquemment utilisée par différents auteurs, mais comme on ne peut envisager l’homme seul ni une société sans hommes, il y a ici pléonasme, ainsi que le remarque Claude Levi-Strauss.
Sciences anthroposociales : expression utilisée, entre autres, par Edgar Morin : " je parle maintenant de sciences anthropo-sociales ou de domaine anthropo-social , justement pour éviter cette opposition (entre sciences humaines, sciences sociales, sciences de l’homme). L’inséparabilité, de mon point de vue, de l’humain et du social, entraîne une préférence marquée à parler d’une réalité anthropo-sociale.
Scientisme :
1) Tendance à faire de la science empirique et expérimentale l’absolu de la connaissance ; la science est considérée comme potentiellement capable de résoudre tous les problèmes que l’homme peut légitimement se poser.
2) Conception selon laquelle les sciences physiques donnent le seul modèle valable de méthode et doivent régir la biologie et même les sciences humaines.
Sociologisme :
1) Doctrine d’après laquelle l’explication des principaux problèmes philosophiques, moraux, religieux, artistiques, voire psychologiques, est du ressort exclusif de la sociologie. Théorie suivant laquelle la sociologie suffit à rendre compte des faits sociaux (indépendamment de la psychologie, de la psychanalyse, etc.)
2) Tendance à expliquer tous les phénomènes de civilisation et de culture exclusivement par les formes d’organisation et de structure sociale.
Structuralisme : le structuralisme s’est imposé comme courant dominant de l’analyse en sciences humaines dans les années 1960. Il a affecté autant l’anthropologie que la sociologie, la linguistique ou la psychanalyse. Il ne faut pas chercher dans ce courant une unité de méthodes ou de théories. La notion de structure a plusieurs sens et contours flous. Ce sont plutôt des perspectives communes qui permettent de rassembler les divers auteurs en un même courant. Le cadre d’analyse commun peut se résumer ainsi :
il existe, par delà le sens que les sujets donnent à leurs discours ou à leurs actes, des " structures " sous-jacentes qui fixent un cadre à leur expression ;
le rôle de l’analyste est de mettre à jour ces structures, d’en déceler la trace ;
le structuralisme privilégie la dimension " synchronique " (dans le même temps) par rapport à la dimension " diachronique " (ou historique) des phénomènes ;
le discours, le langage, sont l’objet d’analyses privilégiées des structuralistes : Michel Foucault étudie le discours scientifique ou médical (Les mots et les choses, 1966), Roland Barthes le discours littéraire (Le degré zéro de l’écriture, 1953), Jacques Lacan la parole de l’analysé (Ecrits, 1966), Claude Levi-Strauss les récits mythiques (Anthropologie structurale, 1958).
Au demeurant, l’analyse structurale a été introduite par les linguistes (Roman Jakobson, Essais de linguistique générale, 1963).
Systémique (approche) : elle prend en compte les inter-relations entre les éléments d’un système. L’analyse systémique repose sur trois principes fondamentaux :
le tout forme un ensemble qui surdétermine les éléments constituants ;
tous les éléments interagissent entre eux ;
il existe des actions en retour (feed-back) qui permettent la régulation du système.
Théorie : ensemble de concepts, de propositions, de modèles articulés entre eux, qui a pour but d’expliquer un phénomène. Le sociologue Robert King Merton (Eléments de théorie et méthode sociologique, trad. 1965) distingue les théories générales comme la psychanalyse ou le béhaviorisme en psychologie, et les théories " locales " ou de " moyenne portée " qui s’appliquent à un objet limité (ainsi la théorie du narcissisme est une théorie de moyenne portée au sein de la méta-théorie psychanalytique).
Thèse : proposition qui affirme une certaine position et que l’on est prêt, éventuellement ou réellement, à soutenir contre un adversaire. Dans l’usage universitaire européen depuis le Moyen Age, mémoire ou ouvrage présenté pour obtenir le grade de docteur et soumis à la discussion avec un jury de maîtres d’université.
Type : ensemble de caractéristiques comportant une certaine unité et permettant de classer un être dans une catégorie et de le distinguer d’autres catégories, exemple : l’introverti et l’extraverti sont des types psychologiques. C’est aussi un modèle ou exemple, réel ou imaginaire, réunissant en lui, de façon particulièrement caractéristique ou idéale, les traits distinctifs d’une certaine espèce d’homme ou d’objet : Bayard est le type du chevalier, Harpagon le type de l’avare, etc. Un type est un regroupement en un système cohérent, d’un ensemble de facteurs élémentaires caractéristiques et déterminants.
Type idéal (idéal type) : chez M. Weber, concept de référence construit à partir de l’expérience et obtenu en " accentuant unilatéralement un ou plusieurs points de vue et en enchaînant une multitude de phénomènes donnés isolément, diffus et discrets qu’on ordonne pour former un tableau homogène " grâce auquel on peut dresser et analyser ce qui est observé dans la réalité empirique, ex : la bureaucratie, le capitalisme, le pouvoir charismatique, etc. C’est une " rationalisation utopique " qui n’exprime pas la totalité de la réalité, mais son aspect significatif en l’accentuant.
Typologie : terme générique employé pour désigner dans
diverses sciences la description et la mise en ordre des types. La
typologie peut dans certains cas être l’aboutissement de la recherche,
une forme d’explication. La typologie est un système de classification
des données empiriques concernant un phénomène. Classification et
typologie sont en fait très voisines. L’objectif de la typologie est en
premier lieu la structuration du foisonnement naturel des objets et
phénomènes pour en faciliter l’appréhension générale et l’analyse
scientifique.
Vérification : ensemble des opérations par lesquelles on met à l’épreuve une hypothèse ou une théorie en la confrontant à l’expérience (observation ou expérimentation). Action permettant de vérifier ou infirmer l’hypothèse. Principe auquel le néo-positivisme attache une grande importance comme moyen de distinguer les énoncés acceptables et la manière dont une proposition visant un fait d’expérience doit être exprimée. A suscité de nombreuses discussions.
En recherche expérimentale, démarche permettant au chercheur de valider une hypothèse en lui imposant des conditions de contrôle très strictes.
Ref.Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education, Universitè de Genève